Il y a une chose que j’adore dans l’histoire des sneakers : les meilleurs moments n’étaient pas prévus. La Air Max 95 Neon, la paire que Nike ressort en 2026 à 190€, c’est le coloris que des gens du siège Beaverton ont essayé de tuer.
Sergio Lozano, jeune designer recruté presque par accident, il s’était pointé à l’entretien juste pour l’expérience, pas pour le job, se retrouve en 1994 avec une mission simple : sauver le département running de Nike. Le basket explose, Jordan règne. A côté, le running prend l’eau. Nike a besoin d’un truc neuf. Lozano ouvre un bouquin d’anatomie, regarde tomber la pluie sur l’Oregon. Ensuite, il dessine une chaussure inspirée du corps humain. Les lacets font les côtes et la semelle fait la colonne vertébrale. Les panneaux superposés font les fibres musculaires. Le brief disait « innovant ». Il a pris ça au pied de la lettre.
Jusqu’ici, on est sur quelque chose de solide. Mais le vrai coup de génie, et le vrai problème, c’est le coloris. Lozano veut du gris dégradé, du sombre vers le clair, du bas vers le haut. Logique fonctionnelle : les coureurs de l’Oregon courent sous la pluie, sur des sentiers boueux. Il veut que la saleté soit moins visible. Et pour le contraste, il envoie du jaune fluo. En 1994, quand tout le monde fait du blanc qui brille et du Swoosh XXL.
La réponse interne ? « On ne fera jamais ce colorway. » Voilà, c’est direct. On peut imaginer la scène, en salle de réunion, quelqu’un en polo Nike qui regarde le sketch et qui a les yeux qui sortent de leur orbite. Trop risqué, pas assez « running traditionnel ». Du coup, Nike demande à Lozano de faire une version raisonnable : le même dégradé, mais à l’envers. Blanc en bas, noir en haut. Plus propre donc plus vendable. C’est ce qu’on appellera trente ans plus tard la Air Max 95 Reverse Neon, sortie en 2025 via une collaboration avec le MoMA. Une édition spéciale basée sur un sketch retrouvé dans les archives de Lozano. La version de la honte est devenue une pièce de musée. L’ironie est presque trop belle.
Mais la version originale, elle, passe quand même. Quelqu’un chez Nike, l’ange gardien de Lozano, a eu le bon sens de donner le feu vert. En 1995, la AM95 Neon sort. Et la suite, on la connaît : culture UK, rave parties, banlieues françaises, 30 ans de rééditions, 10 000 paires vendues en quelques heures en 2025.
Ce que cette histoire me dit, au fond, c’est que la marque au Swoosh à cette époque était capable de laisser un designer avoir tort collectivement pour avoir raison individuellement. Un truc rare. Presque anachronique quand on voit comment la marque fonctionne aujourd’hui, à coups de focus groups. Et de rééditions sécurisées et de collaborations calculées.
La prochaine Air Max qui va tout changer est peut-être en ce moment dans le bureau d’un designer à Beaverton. Son manager vient probablement de lui dire que c’est une mauvaise idée. La question c’est : est-ce qu’il y a encore quelqu’un de raisonnable pour lui donner le feu vert ?
Photos : @corwun






Salut !
Dès sa sortie en 1995, j’ai toujours trouvé ce modèle moche (par contre, le coloris Neon claque).
Pis, et au même titre que les 97, 98, Requins, TL, etc : j’en ai ultra marre de la voir partout dans les rues, même aux pieds de boomers retraités.
On veut la Air Max 93, crédiou ! C’est elle le summum OG. Peuvent se les garder leurs 270 de piètre qualité…
Près de dix ans qu’ils nous font poireauter après une dernière livraison confidentielle de seulement quatre-cinq coloris en quantité limitée, pas plus… (Et on veut aussi la Nike Air Max ST 92.)
@+ tout le monde.