Nike a demandé à un mec qui vend des sacs de la taille d’un briquet de concevoir des crampons de foot pour représenter la France au Mondial 2026. Au départ, j’ai cru à une blague.
Mais creuse un peu avec moi, la Nike Cryoshot x Jacquemus commence alors à faire sens. Nike Sportswear a lancé un programme baptisé X2 : sept pays, sept collaborations créatives, une paire par territoire. Chaque nation choisit sa marque. Pour la France, la marque américaine n’a pas tapé dans un label streetwear parisien, ni dans une enseigne lifestyle tricolore. Elle a misé sur Jacquemus, c’est-à-dire le luxe français dans ce qu’il a de plus épuré, de plus minimaliste, de plus… Simon Porte Jacquemus qui poste des couchers de soleil en Grèce. Pour le meilleur ou pour le pire, on verra.
La Tiempo R10, Ronaldinho, et la logique de l’effacement
La base, c’est la Tiempo R10, les crampons de Ronaldinho, ceux de la pub Touch of Gold, ceux que toute une génération a idolâtrés sur FIFA avant même de savoir lacer ses chaussures. Sur la Cryoshot, Nike garde l’essentiel : un cuir blanc épuré, des détails bleu sport et rouge université, et une semelle transparente qui laisse apparaître les crampons d’origine comme des insectes figés dans de l’ambre. Le style code est IO0619-100, le prix tourne autour de 200€.
Jacquemus n’a pas tout retourné. La paire reste sobre, presque effacée à côté des versions Patta ou NOCTA de la même collection. C’est ici que le choix de Nike prend vraiment sa cohérence. S’il existait bien une marque capable de rendre la Tiempo encore plus minimaliste sans lui faire perdre son âme footballistique, c’était celle qui a toujours joué la sobriété comme un acte de foi.
Mais elle vaut quoi, au fond ?
Hé non, je vais pas te sortir le discours sur la « paire révolutionnaire », je laisse ça aux copier-coller de communiqués de presse. La vraie question, elle est simple : est-ce que la signature Jacquemus apporte quelque chose de concret, ou est-ce qu’elle colle juste un label premium sur un design que Nike aurait sorti tout seul ?
Je parie que l’acheteur Jacquemus va la prendre comme la sneaker à la mode sans savoir qui est Ronaldinho. Le sneakerhead, lui, va la prendre pour la Tiempo et se fiche éperdument de la lavande provençale. Nike a d’ailleurs organisé trois files d’attente pour ces deux publics qui ne se croiseront jamais : sortie le 16 juin sur SNKRS, le 13 via Dover Street Market, et le 11 directement chez Jacquemus.
Alors dans dix ans, est-ce qu’on parlera encore de cette Cryoshot comme d’une vraie proposition culturelle franco-footballistique ? Ou juste comme d’un souvenir de l’été où tout le monde faisait semblant d’aimer le foot parce que c’était la bonne chose à faire ? La question, elle mérite qu’on y revienne.
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