En 2016, certains auraient vendu leur âme pour une adidas Ultraboost 1.0. Dix ans plus tard, cette même paire a rejoint le cimetière des sneakers qui fut autrefois glorieuse. Avoue que le destin a un sacré sens de l’humour ! Je suis récemment tombé sur un forum où des collectionneurs évoquent leurs anciennes adidas Boost. Leurs commentaires m’ont rappelé à quel point nous sommes capables de retourner notre veste dans le petit monde de la sneaker. Hier, on s’arrachait les Ultraboost et les NMD comme des petits pains. Aujourd’hui, on fait semblant de les avoir oubliées. Pourtant, à lire les témoignages, je me demande si nous avons vraiment cessé de les aimer ou si nous avons simplement peur de passer pour des ringards.
Quand adidas nous faisait perdre la tête
Remonte avec moi en 2015, à une époque où Kanye West n’avait qu’à enfiler une adidas Ultraboost Triple White pour déclencher une émeute. La chaussure ressemblait encore à une running classique, mais son Primeknit et sa semelle Boost lui donnaient une sacrée longueur d’avance. Surtout, elle proposait un confort qui faisait passer certaines sneakers à semelle rigide pour des sabots de jardinier.
Puis adidas a sorti les NMD R1, et là, les choses ont sérieusement dégénéré. Avec leur silhouette épurée, leur empeigne souple et leurs petits blocs colorés, elles avaient tout pour séduire les amateurs de sneakers. Les Pharrell Williams x adidas NMD Human Race ont ensuite ajouté leur grain de folie, pendant que les Yeezy Boost 350 affolaient les sites de revente. À cette époque, la marque aux 3 bandes semblait transformer tout ce qu’elle touchait en or. Tu pouvais presque coller du Boost sous une charentaise et trouver quelqu’un pour camper devant le magasin. J’exagère à peine.
Du collector à la chaussure de jardinage
Seulement voilà, la mode sneaker a une mémoire de poisson rouge. À peine avions-nous fini de remplir nos placards de Primeknit que les dad shoes débarquaient avec leurs grosses semelles. Puis les New Balance et les Asics rétro ont pris de plus en plus de place, tandis que nos bonnes vieilles NMD perdaient leur pouvoir de séduction. Le plus cocasse, c’est que nous avons nous-mêmes participé à cette dégringolade. Nous avons revendu des paires autrefois convoitées pour financer nos nouvelles lubies, avant de découvrir que la nostalgie ne se rachète pas toujours à prix cassé.
Un collectionneur raconte même avoir acheté 63 paires de NMD en déstockage, histoire de ne jamais en manquer. Soixante-trois paires ! Le bonhomme a prévu de chausser ses arrière-petits-enfants ou quoi ?
D’autres racontent qu’ils portent toujours leurs NMD pour voyager. Plusieurs regrettent le Primeknit des premières Ultraboost. Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord sur leur confort, mais ces témoignages montrent une chose assez touchante : certaines chaussures continuent de compter longtemps après avoir quitté le devant de la scène.
Et si nous étions devenus un peu trop snobs ?
Je trouve notre comportement franchement contradictoire. Nous réclamons des sneakers originales, confortables et faciles à porter, mais dès qu’elles deviennent populaires, nous leur cherchons des défauts. À croire qu’une bonne chaussure doit obligatoirement être difficile à trouver pour mériter notre affection.
Alors oui, adidas a aussi sa part de responsabilité. En multipliant les déclinaisons, les coloris et en modifiant ses modèles, la marque a fini par essorer la recette Boost jusqu’à la dernière goutte. À force de tirer sur la corde, même les meilleures idées finissent par perdre leur saveur.
Pourtant, quand je regarde les adidas Ultraboost 1.0 ou les premières adidas NMD R1, je trouve qu’elles ont encore de beaux restes. Leur design raconte une époque où adidas bousculait Nike.
Alors, si tu conserves une vieille paire de Boost au fond de ton placard, ne te précipite pas pour la revendre. Ressors-la, vérifie qu’elle tient encore la route et porte-la si elle te plaît. Après tout, ce ne sont peut-être pas nos adidas Boost qui ont mal vieilli, mais notre fichue manie de courir après la prochaine hype. Crois-moi, avec toutes les tendances qu’on a suivies, nous n’avons pas vraiment de leçons de bon goût à donner.
Photos : @frieze43








