On nous ressort tellement de sneakers des années 2000 que je commence à me demander si les designers ont perdu leurs crayons. Pourtant, quand j’ai vu revenir la Reebok Board Flip x BBC Icecream, je me suis dit que certaines vieilleries avaient encore de beaux jours devant elles.
1. Pharrell et NIGO osaient tout, même le mauvais goût
En 2005, Pharrell Williams et Nigo ne cherchaient pas à plaire à tout le monde. Avec ICECREAM, ils mélangeaient le luxe, le skateboard et les dessins animés comme des gamins qui auraient dévalisé un magasin de bonbons. Le résultat pouvait piquer aux rétines, mais au moins, tu savais à qui tu avais affaire.
Ce que j’adore dans cette histoire, c’est que Pharrell réclamait déjà plus de quatre millions de dollars à Reebok en 2005. Autant te dire que leur collaboration n’avait rien d’un long fleuve tranquille.
2. Elle a des rondeurs et elle les assume
Regarde cette Board Flip ! Avec sa languette bien épaisse, ses proportions généreuses et sa semelle balèze, elle ne risque pas de passer inaperçue. Pourtant, derrière son allure de chaussure gavée à la créatine, tu retrouves des éléments hérités du skate : cuir perforé, empiècements en daim et renfort en caoutchouc à l’avant. À force de voir des sneakers aussi fines que des crêpes, j’avais presque oublié qu’une chaussure pouvait avoir du coffre.
3. Elle nous ramène à une époque où le hip-hop flirtait avec le skate
Avant que les collaborations entre rappeurs et équipementiers poussent comme des champignons, ICECREAM faisait déjà le pont entre musique, streetwear et skateboard. Pharrell ne s’était d’ailleurs pas contenté d’ajouter sa signature : la marque avait sa propre équipe de skateurs, dont Terry Kennedy. Pharrell ne s’était pas contenté de recruter quelques pros pour faire joli sur les affiches. Il les emmenait même sur les tapis rouges et venait traîner avec eux au skatepark. Je connais des collaborations actuelles où les artistes ne doivent même pas savoir faire un ollie. Le plus drôle, c’est que Jimmy Gorecki, pourtant membre de Team Ice Cream, n’était pas franchement emballé par la Board Flip. Il se demandait même comment TK arrivait à skater avec ce machin. Comme quoi, une sneaker culte peut aussi commencer par un sacré malentendu.
Quand tu regardes la Reebok Board Flip, tu retrouves un morceau de cette époque où les cultures se mélangeaient sans rien demander à personne.
4. Ses coloris pourraient donner une crise de foie à un pâtissier
Avec ses versions Pumpkin, Watermelon et Pink Lemonade, ICECREAM continue de prendre le nuancier pour une carte de glacier. Le rose se frotte au vert, les contrastes explosent. La discrétion prend ses jambes à son cou. Je comprends que tu puisses trouver ça kitsch.
Et figure-toi que c’est Jimmy Gorecki, celui-là même qui n’était pas fan de la Board Flip à l’époque, qui a contribué à annoncer son retour en dévoilant le coloris Watermelon sur Instagram. Vingt ans plus tard, la boucle est bouclée. J’avoue que l’ironie me plaît beaucoup.
5. Son retour prouve que la nostalgie n’explique pas tout
En janvier 2026, ICECREAM a même ressorti des prototypes de Board Flip jamais commercialisés pour les exposer pendant la Fashion Week de Paris. Comme quoi, les archives de Pharrell cachent encore quelques gourmandises. Et moi qui pensais qu’on avait déjà vidé le congélateur.
Depuis quelques temps, les pantalons baggy et les grosses chaussures de skate reviennent en force. La Board Flip tombe donc à pic, comme par hasard. Seulement, je trouve dommage de la réduire à une simple madeleine de Proust pour sneakerheads vieillissants. Son design possède encore ce grain de folie qui fait défaut à pas mal de nouveautés.
Finalement, je crois que la Reebok Board Flip n’était pas si folle que ça en 2005. C’est surtout nous qui sommes devenus des vieux grincheux, capables de débattre pour savoir si une sneaker crème est plus audacieuse qu’une en beige. La neutralité à ses limites.
Photo : @snap.my.sneaks






