Vous savez ce qui me fascine le plus dans cette histoire ? C’est qu’en 1988, personne chez Nike ne savait vraiment s’ils tenaient un chef-d’œuvre ou un bide monumental. L’équipe design venait de pondre deux modèles jumeaux, la Nike Duellist et la Air Mariah, comme si ils jetaient deux dés sur la table du marché.
Le pari fou de Beaverton : défier la gravité
Bon, resituons le contexte. En 1988, chez Nike, on se lance dans un projet qui tient de la folie douce : créer une chaussure de course tellement légère qu’elle défie les lois de la physique. Ou presque. Une Nike Free avant l’heure.
La Duellist, c’était leur enfant terrible. Pas de Nike Air dedans, contrairement à sa sœur jumelle la Mariah. Juste du Phylon tout bête, des panneaux en daim et une tige en mesh qui ressemblait plus à un filet de pêche qu’à une chaussure. Seulement voilà, cette légèreté avait un revers. Courir avec, c’était un peu comme danser pieds nus sur du bitume. Magique pour certains, terrifiant pour d’autres.
Le mesh semi-transparent : l’innovation qui fait jaser
Ce fameux mesh, parlons-en ! Imaginez la tête des premiers coureurs qui découvrent leur nouvelle paire. Le tissu était si fin, si transparent, qu’on voyait tout à travers. Presque tout. La React Element 87 n’a rien inventé.
Le coloris blanc avec ce Swoosh rouge infrarouge (les prémices des Air Max 90 OG Infrared…) qui vous brûlait la rétine ? Un classique made in Korea. Mais moi, j’ai toujours eu un faible pour la version vert citron, plus rare, plus mystérieuse. Aujourd’hui, les collectionneurs se l’arrachent comme si c’était le Graal.
1990 : quand Nike range ses excès
Deux petites années, et paf ! La firme de l’Oregon sort la Nike Duellist PR. Fini le mesh transparent, place à des matériaux qui ne laissent plus deviner vos orteils. Traduction : « OK les gars, on a peut-être exagéré avec notre délire see-through. » Et vous savez quoi ? Michael Johnson, le futur roi du 400 mètres, s’entraînait avec ces Duellist PR. Pas mal comme référence, non ? Le mec qui allait pulvériser des records mondiaux faisait confiance à cette petite chaussure discrète. Cette volte-face rapide, ça me touche presque. Nike à l’époque, c’était encore une boîte qui savait dire « pardon, on s’est plantés ». Pas de fierté mal placée, juste du bon sens.
via @luisjumiguel
2017 : le retour qui réchauffe le cœur
Vingt-sept ans plus tard, Nike nous ressort la Duellist. Enfin, sa version 2017 : la Duel Racer. Mesh high-tech, construction chaussette, toute la panoplie moderne pour 120 balles. C’est beau, c’est propre, c’est parfait. Peut-être trop parfait, justement. Il manque cette petite folie, cette naïveté touchante de l’originale qui ne savait pas encore qu’elle allait devenir culte. Une mise à jour réussie mais dépourvue de saveur rétro.
via @four_0_kix
L’époque bénie des erreurs magnifiques
Au final, ce qui me bouleverse avec la Nike Duellist de 1988, c’est qu’elle porte en elle toute l’innocence d’une époque révolue. Nike expérimentait encore, se plantait parfois, mais avec quelle sincérité ! Cette chaussure, c’est comme retrouver des photos de votre adolescence. Imparfaite, attachante, unique. Elle nous rappelle que les plus belles créations naissent souvent du courage de prendre des risques fous.
FAQ
Pourquoi la Nike Duellist était-elle si légère ?
Nike avait supprimé tout le superflu : pas de bulles d’air, semelle Phylon basique et tige aérée. Chaque gramme comptait pour battre la concurrence.
Quelle différence avec la Nike Air Mariah de 1988 ?
Sœurs jumelles mais pas identiques : même tige, silhouette très similaire mais la Duellist misait sur du Phylon classique quand la Mariah embarquait l’amorti Air Sole Unit.
La Nike Duel Racer 2017 vaut-elle l’originale ?
Question de goût ! L’originale a plus de caractère, la moderne plus de confort. Deux époques, deux philosophies.
Combien vaut une Duellist originale aujourd’hui ?
Selon l’état, entre 200 et 500 euros pour les deadstock. Mais méfiez-vous : après 35 ans, la colle et les matériaux peuvent flancher.
Photos : @juttenutte