Y a un truc hyper injuste dans le monde des sneakers : tu peux avoir raison, mais si t’as raison trop tôt, tu finis quand même au rayon des soldes. Demande à la Nike Air Zoom Flight ’98 The Glove, elle en sait quelque chose.
En 1998, Nike commercialise une chaussure avec une fermeture éclair, un chausson en néoprène et une silhouette qui ressemble plus à une botte de snowboard qu’à une basket de basketteur. Le public regarde ça avec des yeux ronds, genre on lui montre un OVNI au rayon sport. Puis il hausse les épaules et repart acheter des Air Jordan, tranquille. L’originalité, ça fait rêver sur le papier. Dans les linéaires, ça se vend beaucoup moins bien.
Le plus marrant, c’est que cette paire n’est pas sortie de la tête d’un designer qui carbure au café à 3h du matin dans un labo secret. Non, le concept colle à Gary Payton. On le surnommait « The Glove » parce qu’il collait à son adversaire comme une seconde peau en défense. Le bonhomme voulait une chaussure qui enveloppe son pied de la même façon, comme un gant justement. Pour une fois, le marketing n’a même pas eu à inventer un storytelling à rallonge. Le brief était déjà écrit avant même la première réunion.
Sous cette fameuse fermeture éclair, tu trouves un chausson en néoprène. Oui, le même matériau que les combinaisons de plongée. Nike a dû se dire qu’après quarante-huit minutes à courir derrière Michael Jordan, les joueurs allaient forcément avoir envie de piquer une tête. L’idée de base était plutôt pertinente, ceci dit : améliorer le maintien du pied sans transformer la chaussure en corset moyenâgeux. Sauf que certains joueurs ont surtout retenu qu’ils se cuisaient les pieds à feu doux pendant tout le match.
Et le pompon, c’est Gary Payton lui-même. Le mec censé incarner ce concept jusqu’au bout des lacets jouait souvent avec le zip entrouvert. Tout ce boulot, tous ces prototypes conçus pour tenir un match NBA au complet… pour finir portés comme une veste qu’on laisse ouverte parce qu’il fait un peu chaud dans la salle. Fallait oser.
En vrai, « The Glove » est sortie au pire moment possible. En 1998, Nike sort quasiment une révolution par trimestre entre la Air Jordan XIII et la Foamposite. C’est un peu comme présenter ton chef-d’œuvre pendant un feu d’artifice : personne ne regarde vraiment dans ta direction. La Air Zoom Flight ’98 passe presque à la trappe, et rebelote lors de son retour en 2013. Les fans jurent aujourd’hui qu’ils l’adorent depuis toujours. Curieusement, y avait beaucoup moins de monde devant les rayons quand elle traînait en solde.
Sauf qu’aujourd’hui, en 2026, regarde le marché. Les sneakers volumineuses reviennent en force. Le néoprène redevient hype. Les silhouettes qui ressemblent à des tenues d’astronaute se font applaudir. Les fermetures un peu barrées sont célébrées comme des coups de génie. Bref, tout le monde redécouvre des idées que Nike avait déjà posées sur la table il y a presque trente ans.
La morale de l’histoire ? Dans la culture sneaker, y a deux types de passionnés. Ceux qui achètent une paire parce qu’elle est en avance sur son époque. Puis ceux qui attendent que les réseaux sociaux leur explique, vingt ans plus tard, qu’elle était visionnaire. La Nike Air Zoom Flight ’98 The Glove fait clairement partie de la première bande. Si tu ne l’aimais pas avant 2026, avouons-le sans mauvaise foi : c’est juste que t’étais pas prêt.
Photos : @marq_q, @h.g.thanh & @malshmallow2
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