Il y a des sneakers qui divisent l’opinion. Puis il y a la New Balance 2811, qui elle, provoque carrément un incident diplomatique à chaque nouvelle photo qui sort.
Dès les premiers visuels, les réseaux ont dégainé plus vite que leur ombre : « chaussure de clown », « tank », « pompe de chantier ». Pour une fois, je dois tirer mon chapeau à Internet : quelle créativité.
Je vais me montrer un peu de mauvaise foi, ça va être plus drôle.
Le premier souci te saute aux yeux. Enfin non, il te roule carrément dessus. Cette toe box est tellement énorme que je me demande si New Balance n’a pas prévu un compartiment de rangement planqué à l’intérieur. Tu pourrais quasiment y glisser une paire de 990v6 de secours, au cas où. On dirait que la silhouette est passée à la moulinette de l’outil « agrandir » sur Photoshop, sans jamais toucher au bouton « annuler ».
Et parlons de cette semelle, tant qu’on y est. Elle affiche un tel gabarit qu’on croirait l’avoir récupérée sur un blindé de l’armée. À côté, la Triple S paraît soudain aussi légère qu’une Stan Smith. Franchement, c’est un exploit.
Le plus drôle dans l’histoire ? Les défenseurs de la NB 2811 débarquent toujours avec le même argument : « Tu ne comprends pas, elle est en avance sur son temps. » Ah oui, bien sûr. C’est l’excuse maison de toutes les sneakers bizarres depuis vingt ans. Si demain New Balance sort une paire en forme de grille-pain, quelqu’un viendra t’expliquer que tu manques simplement de vision.
Pourtant, en creusant un peu les différentes opinions, l’histoire devient bien plus croustillante. Les critiques ne visent pas que la chaussure. Beaucoup règlent surtout leurs comptes avec Action Bronson, le gars sûr de NB chargé de créer une hype autour du nouveau modèle. Certains ne parlent même plus de la 2811 : ils commentent sa façon de la porter, son personnage tout entier. La sneaker finit par passer au second plan. Un peu comme si tu descendais un film juste parce que l’acteur principal porte une moustache qui te dérange.
S’ajoute à ça ce procès permanent qu’on fait à New Balance. La marque de Boston aurait perdu son âme, elle balancerait des silhouettes extravagantes pour surfer sur le succès de la New Balance 9060. C’est marrant, parce que la 9060 elle-même s’est fait accueillir comme un accident industriel par une partie des sneakerheads à sa sortie. Aujourd’hui, ces mêmes personnes la défendent avec la ferveur d’un curé qui protège sa paroisse.
La vérité, la voici : les sneakerheads adorent réclamer de la nouveauté, jusqu’au jour où une marque leur en sert vraiment. Là, tout le monde se remet soudain à réclamer une énième New Balance 992 grise en daim. On veut de l’innovation, à condition qu’elle ressemble trait pour trait à ce qu’on connaît déjà par cœur.
Cela dit, je dois lui reconnaître un mérite, à cette New Balance 2811. Elle possède un truc que pas mal de sorties récentes ont paumé en route : une vraie personnalité. Impossible de la confondre avec une autre paire, impossible aussi de prétendre qu’elle te laisse indifférent. À l’heure où la moindre marque nous ressort la même paire repeinte pour la centième fois, avoir un peu de caractère, c’est limite suspect.
Alors, la New Balance 2811 est-elle vraiment moche ? Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle est belle. Je dirai simplement qu’elle a réussi un exploit rarissime : faire passer les débats sur les pandas pour des discussions de philosophes. Rien que pour ça, elle mérite presque une médaille.
Photo de la couverture : @mikeykicks
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