Chaque Air Max a son colorway OG. Celui qu’on cite en premier, même si c’est pas notre préféré. C’est comme demander la capitale d’un pays, la réponse fuse avant même qu’on ait réfléchi. La Air Max 1 ? OG Red. La Air Max 90 ? Infrared. La Air Max BW ? Persian Violet. La Air Max 95 ? Neon. La Air Max 97 ? Silver Bullet. La Air Max 98 ? Gundam. Et la Air Max 180 ? Ultramarine. Y’a d’autres coloris originaux (Concord, Ceramic, Bluebird et Lime). Mais dans l’imaginaire collectif, c’est la Ultramarine qui représente la running à la bulle de 1991. Sans discussion possible.
L’Ultramarine, c’est pas juste un bleu : faut qu’on mette les choses au clair
Première chose à comprendre : quand on dit « Air Max 180 Ultramarine », on parle pas uniquement du bleu. On parle d’une combinaison entière. Le bleu violet, ce bleu outremer qui évoque presque le lapis-lazuli, associé au Solar Red, ce rouge rosé plus flashy que la Infrared, et aux différentes nuances de blanc. Blanc pur et blanc cassé. L’ensemble forme une des associations chromatiques les plus marquantes de toute l’histoire de la sneaker.
Ce qui rend ce combo inarrêtable, c’est son équilibre. Le bleu prend de la place sans tout écraser. Le Solar Red te brûle la rétine et le blanc représente le ciment qui adoucit l’ensemble. Dans un rayon de running des années 90, cette chaussure existait comme un néon. Impossible de passer à côté.
Tinker Hatfield n’a pas inventé l’Ultramarine
Hé, voilà le truc que personne ne te dit. Si la Air Max 180 est la première Air Max à porter l’Ultramarine, elle n’est pas la première Nike à l’utiliser. Les traces de ce bleu remontent aux années 80. Le modèle le plus ancien que j’ai trouvé, c’est la Nike Air Mariah de 1988. Ensuite viennent la Air Apparent et la Air Craft, toutes deux sorties en 1990.
Donc Tinker Hatfield ne l’a pas inventé pour la running à la bulle en fer à cheval. Ce qui est dingue, c’est que la Air Max 180 a tellement écrasé tout ce qui existait avant qu’aujourd’hui, personne ne parle plus des Air Mariah. Elle a été rayée de la mémoire collective (sauf de celle des collectionneurs). C’est ça, la puissance d’un colorway bien exécuté sur la bonne silhouette au bon moment, il réécrit l’histoire à son profit.
1991 : deux légendes, un procès absurde, et une bulle qui touche le sol
Remettons le contexte en place. La Air 180 est conçue par Tinker Hatfield et Bruce Kilgore, le même Kilgore qui a dessiné la Air Force 1. Deux des architectes les plus importants de l’histoire de Nike, dans la même pièce, pour un seul objectif : rendre la technologie Air plus visible que jamais.
Leur solution, c’est une Air unit qui s’enroule à 180 degrés autour du talon, directement en contact avec le sol. C’est la première semelle en uréthane moulée sur une bulle d’air. En 1991, c’est une véritable rupture technique.
Sauf que la marque AVIA , oui, cette marque dont tu te souviens plus, attaque Nike en justice pour violation de brevet. Nike contre-attaque et ça se règle. La Air 180 sort quand même, avec la Ultramarine comme premier colorway. Il s’ensuit une publicité mémorable au Super Bowl 1991, et des ambitions commerciales XXL.
Difficile de dire si le modèle cartonne immédiatement. Mais la Ultramarine, elle, s’installe dans les têtes des sneakerheads en herbe. Et c’est là que tout commence.
Chez Nike, la Ultramarine c’est une franchise
Chez Nike, la Ultramarine c’est pas juste un coloris. C’est une marque, une franchise à part entière. Les designers de Beaverton adorent les échanges entre modèles, une Air Max qui reprend le colorway OG d’une de ses sœurs. Ça crée des ponts entre générations de sneakerheads, ça entretient la nostalgie. Et ça permet au tonton Phil Knight de prendre un petit billet au passage. Tout le monde y gagne, en quelque sorte.
La liste des Air Max qui ont rendu hommage à la Nike 180 Ultramarine est longue : Air Max 1, Air Max 95 Essential, Air Max 90 Essential, Air Max 2 Light, Air Max 97, Air Max Zero, Air Max 270. Et même des silhouettes obscures comme la Air Max Fury, la Air Max Guile ou la Air Max Exosense s’y sont mises. C’est probablement le colorway le plus transposé de toute la gamme Air Max. Et c’est pas un hasard : il s’adapte à n’importe quelle silhouette avec une facilité déconcertante, il est immédiatement visible, et il transporte avec lui toute la charge culturelle de la Air Max 180. T’as pas besoin d’expliquer la référence, elle se lit toute seule.
30 ans de rétros plus ou moins réussies puis enfin, le vrai truc
Bon, parlons des rétros. Parce que c’est là que l’histoire devient un peu embarrassante pour Nike.
Pendant plus de trente ans, chaque retro de la Air 180 était plus ou moins une approximation. La forme légèrement fausse (le shape banane), les proportions pas tout à fait justes, la bulle trop petite. Pour les puristes, c’est une insulte à peine voilée.
Les versions de 2013 et 2018 passent sans vraiment convaincre. La 2005, je la mets à part, ici on ne touche pas à la collection HOA. Celle de 2018 est la plus intéressante contextuellement : elle sort en même temps qu’une collaboration Comme des Garçons avec une édition Laser Pink qui déchire. Mais la 180 elle-même reste encore éloignée de l’original.
Puis en 2024, la marque au Swoosh revient aux affaires. Nike sort une paire d’archive de 1991, la scanne en 3D (intérieur et extérieur) et reconstruit tout point par point. Leon Witherow, designer senior et vrai obsessionnel du modèle, pilote le projet. La bulle retrouve ses proportions d’origine. Le colorway Ultramarine retrouve enfin la silhouette qu’il mérite vraiment. 33 ans pour réussir une copie conforme de son propre produit, je n’applaudit pas même si je savoure.
La Air Max 90 Ultramarine 2026 : trois tentatives, une seule qui compte
Le cas de la Air Max 90 mérite qu’on s’y arrête. Il existe au moins trois éditions qui réinterprètent l Ultramarine sur cette silhouette. La AM90, c’est le caméléon de la gamme, elle a déjà enfilé la Neon de la Nike 95, la Silver Bullet des Nike 97, sans jamais vraiment les posséder. Elle emprunte puis digère afin de te filer une restitution digne de ce nom.
La plus fidèle des trois, c’est sans conteste la Air Max 90 Base Grey Sport Royal de 2026. L’exécution est soignée, l’intention est claire. Elle va faire oublier les deux autres sans forcer.
J’ai beau apprécié la démarche mais quelque chose me rend un peu nerveux. À force de transposer la Ultramarine sur tout ce qui bouge, des icônes aux silhouettes que personne ne réclamait, Nike prend le risque de transformer une référence culturelle en simple option de catalogue. Le jour où tout le monde portera de l’Ultramarine sans savoir d’où ça vient, l’histoire s’efface avec. Et une sneaker sans histoire, c’est juste une chaussure qui a du bleu à l’âme.
@i_got_s0le
Nike Air Max 1 Essential Ultramarine via @monsieur_le_bichon
Une belle sélection d’Air Max Ultramarine (Air Max Zero, Air Max 270, Air 180 et Air Max 2013) via @tanguy_tran
Nike Air Max 90 Hyperfuse ID Ultramarine via @sjoemie84
Nike Air Max 2 Light Ultramarine via @og_sneakerfreak
La Nike Air Max 90 Ultramarine 2026 sort le mercredi 29 avril sur Snkrs (à 9 heures) : voir la paire.









