La Salomon XT-6 a quand même réussi un sacré tour de force : elle croise aujourd’hui plus de terrasses parisiennes que de sentiers de montagne. Pourtant, avec ses crampons acérés et son allure de baroudeuse, la chaussure gorpcore te donne presque envie de partir escalader le Mont-Blanc.
Je comprends pourquoi elle plaît autant. Sa silhouette racée et son système Quicklace lui donnent une sacrée dégaine. Mais à force de la voir partout, j’ai fini par me poser une question : est-ce qu’on achète encore une vraie chaussure de trail ou simplement une excellente sneaker qu’on peut porter tous les jours ? Les discussions entre passionnés m’ont donné quelques éléments de réponse. Crois-moi, tout le monde n’est pas d’accord.
L’essentiel :
- Un confort sur lequel personne n’est d’accord : certains la portent toute la journée sans broncher. D’autres trouvent son chaussant trop étroit et son amorti trop ferme.
- Une sneaker taillée pour le quotidien, avec quelques réserves : son look trail fait mouche, mais sa semelle Contagrip peut manquer d’adhérence sur les pavés mouillés et s’user sur le bitume.
- Une vraie chaussure de randonnée devenue icône lifestyle : la XT-6 conserve son ADN outdoor, même si les modèles de trail modernes sont souvent mieux adaptés aux longues randonnées.
La Salomon XT-6 a quitté les sentiers pour conquérir le bitume
Quand Salomon lance la XT-6 en 2013, la marque haut-savoyarde n’est pas là pour séduire les amateurs de gorpcore. Elle conçoit une chaussure destinée aux courses d’ultra-distance, avec un châssis stabilisateur, une semelle Contagrip et un système SensiFit qui enveloppe le pied pour mieux le maintenir.
Autrement dit, elle possède un véritable CV sportif. Comme une Air Max 1 ou une Air Force 1 au moment de leur sortie. 13 ans plus tard, les chaussures de trail ont sacrément évolué. Les mousses gagnent en légèreté. Les semelles deviennent plus spécialisées. Les modèles récents offrent souvent un amorti plus généreux. Pendant ce temps, notre XT-6 continue de capitaliser sur son héritage, un peu comme une vieille Porsche qui attire davantage les regards qu’une voiture flambant neuve.
Certains racontent pourtant l’avoir emmenée sur des sentiers exigeants. Un utilisateur affirme même avoir parcouru le trek du camp de base de l’Everest avec sa paire. À l’inverse, d’autres se plaignent d’un chaussant trop étroit ou d’un amorti qui leur donne envie de rentrer à la maison avant la fin de l’excursion. Tu vois où je veux en venir ? La XT-6 n’a pas perdu toutes ses qualités sportives, mais elle ne joue plus forcément dans la même cour que les meilleures chaussures de trail actuelles.
Une semelle Contagrip qui fait parfois du patinage artistique
J’avoue que ce reproche m’a fait sourire, même si les conséquences peuvent être moins drôles. Plusieurs propriétaires racontent avoir glissé sur des pavés humides, des passages piétons ou du carrelage mouillé. Imagine un peu la scène : tu portes une chaussure conçue à l’origine pour affronter les terrains accidentés, mais tu manques de te retrouver les quatre fers en l’air en sortant du métro. Avoue qu’il y a de quoi rire jaune ! Cela dit, je ne vais pas lui faire un procès d’intention. La semelle crantée d’une chaussure de trail accroche généralement mieux les chemins de terre et les sentiers caillouteux que le béton poli. Et puis, toutes les semelles ne réagissent pas de la même manière selon le terrain.
La durabilité soulève également quelques questions. Certains propriétaires signalent des déchirures du mesh près des orteils ou des crampons qui s’usent rapidement sur l’asphalte. D’autres affirment conserver leurs XT-6 pendant quatre ou cinq ans. Bref, difficile de démêler le vrai du faux sans connaître les habitudes de chacun.
Salomon XT-6 Gore-Tex : gare à la cuisson des pieds !
Tu hésites entre la Salomon XT-6 classique et la version Gore-Tex ? Avant de dégainer ta carte bancaire, demande-toi si tu affrontes régulièrement des trombes d’eau ou si tu cherches simplement une paire pour tes trajets quotidiens. La membrane Gore-Tex protège de l’humidité extérieure, mais elle limite aussi la ventilation. Plusieurs utilisateurs qui transpirent beaucoup préfèrent donc la version classique, plus respirante. Parce qu’avoir les pieds au sec sous la pluie, c’est bien, mais les retrouver trempés de transpiration, c’est quand même un peu ballot.
Quant au confort, les témoignages partent dans tous les sens. Certains adorent le maintien ferme de la XT-6 et peuvent la porter toute la journée. D’autres trouvent son avant-pied trop étroit et sa semelle trop rigide. Comme souvent avec les sneakers, ce qui ressemble à des pantoufles pour ton pote peut devenir un instrument de torture pour tes orteils. Bref, les sneakerheads se sont mis d’accord pour ne jamais être d’accord.
Une icône gorpcore qui mérite quand même son succès
Je trouve qu’on tape parfois un peu trop facilement sur la XT-6. Bien sûr, elle coûte cher et ne représente pas forcément le meilleur choix pour avaler des kilomètres en montagne. Mais faut-il vraiment lui demander de rivaliser avec une chaussure de trail moderne alors qu’elle a trouvé une seconde vie dans la rue ?
Son design qui diffère de celui d’une Nike ACG ou d’une adidas Terrex lui donne une singularité que beaucoup de sneakers lifestyle peuvent lui envier. Et contrairement à certaines silhouettes qui empruntent les codes de l’outdoor sans jamais avoir vu un caillou, la Salomon possède un véritable passé sportif.
Alors oui, la Salomon XT-6 reste une excellente sneaker lifestyle, mais je réfléchirais à deux fois avant de la choisir pour une randonnée exigeante. Elle peut encore crapahuter, seulement ce n’est plus forcément là qu’elle excelle. Finalement, je la vois comme un ancien champion qui profite tranquillement de sa retraite dorée. Il garde de beaux restes, il a toujours la classe, mais inutile de lui demander de battre son record personnel chaque dimanche. Surtout si le parcours commence sur des pavés mouillés.
Photo : @ppeetteerrssuunn






