Il y a un truc qui me fait toujours marrer dans le monde des sneakers : une paire sort, tout le monde crie à l’horreur, les mèmes explosent partout… et puis, discrètement, les premiers qui l’ont achetée commencent à chuchoter « attends, elle est dingue au pied en vrai ». La Nike Air Liquid Max vient de rejoindre ce club très select.
Et moi, ça m’amuse à chaque fois. Parce qu’on se la joue tous « connaisseurs de sneakers », mais dans les faits, on juge une chaussure comme une série sur Netflix : sur la vignette, en scrollant à toute vitesse.
Je vais être franc avec toi : la première fois que j’ai vu la Liquid Max, j’ai pensé qu’un stagiaire avait fini un prototype de labo un vendredi soir, pressé de partir en week-end. Une semelle qui ressemble à un amas de bulles de savon, un talon qui part dans tous les sens, une silhouette qui fait passer la Shox TL pour sage comme une image… Franchement, tout était réuni pour que ça parte en vrille.
Et ça n’a pas loupé. Les réseaux se sont chargés du reste. « C’est moche », « c’est ridicule », « elle va finir soldée à -70% ». La foule avait déjà tranché avant même que la boîte ne soit ouverte.
Puis les premiers proprios ont commencé à parler. Et là, gros retournement de situation (ou de veste). Les mêmes personnes censées valider le massacre se mettent à raconter qu’elles tiennent sept ou huit heures debout sans grimacer. Que ça taille bien. Que c’est étonnamment confortable. Certains osent même dire que c’est la meilleure Air Max depuis des années (depuis la Vapormax).
Non mais quel culot, gâcher une bonne session de bashing collectif comme ça.
Parce qu’en vrai, la Liquid Max met le doigt sur un truc qu’on refuse de s’avouer : on adore les Air Max qui sortent des sentiers battus, mais seulement vingt ans après leur sortie, une fois que c’est devenu culte.
La Vapormax, on l’a traitée de sac plastique avec des lacets. La Scorpion, on aurait dit un trampoline pour hamster. Les Shox, elles ont porté l’étiquette du mauvais goût pendant une décennie entière. Maintenant ? Tout ce beau monde revit une seconde jeunesse, porté fièrement par des gens qui jurent, la main sur le cœur, qu’ils ont toujours kiffé. Bien sûr.
La Liquid Max suit le même chemin balisé. Elle ose mettre la technologie devant, comme à l’époque où Nike cherchait à surprendre plutôt qu’à ressortir la même vieille semelle dans un coloris « édition limitée ».
Après, tout n’est pas nickel non plus, faut pas se mentir. Certains sentent les capsules sous le pied. D’autres trouvent la semelle too much. Enfin, le prix te donne clairement envie de demander un paiement en plusieurs fois pour une paire qui ressemble, selon ses détracteurs, à un jouet Fisher-Price.
Mais voilà ce qui cloche dans l’histoire : les critiques les plus féroces parlent presque toutes de son look. Les compliments, eux, viennent presque toujours de ceux qui l’ont vraiment enfilée. Quel manque de respect envers les spécialistes du commentaire depuis leur canapé.
Alors non, la Nike Air Liquid Max ne deviendra sans doute jamais une Air Max 1. Entre nous, elle s’en fiche royalement. Elle assume son côté too much, presque provocateur. C’est même ça qui la rend attachante.
Si l’histoire des sneakers nous a appris un truc, c’est que les modèles les plus moqués finissent souvent par devenir les plus regrettés une fois qu’il est trop tard pour les trouver en taille 42.
Rendez-vous dans cinq ans. Je te parie que ceux qui écrivent « quelle horreur » aujourd’hui posteront une photo demain avec la légende « collector enfin trouvé ». Comme quoi, la mauvaise foi, ça tient toujours mieux sur Internet que dans une paire de chaussures. Sauf, apparemment, quand il s’agit de la Nike Air Liquid Max.
Photos : @mastahaze
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