Y a des sneakers qui te demandent poliment un peu d’attention. Et puis y a la Nike TN VII Scorpion, qui débarque dans la pièce comme si elle venait de remporter un concours de décibels visuels. Impossible de la louper, d’ailleurs pourquoi elle se gênerait ?
Parlons peu, parlons bien. Dans le pack Scorpion, Air Max 90, Air Max 95, Nike Total 90 III et Air Max Plus VII, y a pas vraiment débat. La Plus VII joue dans une autre cour. Les autres portent un thème sur leurs épaules. Elle, elle le dévore tout cru.
Tout se joue sur un détail qui n’en est pas vraiment un : son imprimé allover à faire pâlir la Air Max Deluxe. Les autres modèles distillent le motif par petites touches, discrètes, presque timides. La TN plaque le motif sur toute la tige, sans un gramme de remords. Ça revient à comparer un tatouage discret sur la cheville avec un costume entier en imprimé léopard. Les deux existent dans la vraie vie. Mais y en a un seul qui fait retourner toute la rue.
Et voilà justement ce qui m’accroche. En ce moment, plein de sneakers premium jouent la carte du minimalisme. Beige, gris, blanc cassé, une couture apparente, et tout le monde applaudit en chuchotant le mot « raffinement ». La Nike Tuned 1 Scorpion regarde cette tendance de haut, un peu comme un supporter de foot qui tombe par hasard sur un match de golf à la télé. Elle cherche pas à être élégante. Elle veut foutre le bordel visuel.
Cette Air Max Plus VII pousse le curseur à fond. Bleu électrique, noir, reliefs texturés, Swoosh chromés, logo Scorpion en prime : chaque élément donne l’impression d’être sorti d’un brainstorming où personne n’a osé lâcher la phrase « on devrait peut-être se calmer ». Et tant mieux, franchement.
Parce qu’une TN doit parfois se souvenir de ce qu’elle est : une chaussure taillée pour choper les regards, pas pour accompagner un pantalon en lin couleur avoine à un brunch bio. Bien sûr, certains vont crier qu’elle en fait trop.
À ceux-là, j’ai une mauvaise nouvelle : c’est tout le principe, mon pote.
Reprocher à cette Scorpion d’être voyante, ça revient à reprocher à une Lamborghini d’avoir des portes qui s’ouvrent vers le ciel. Tu savais où tu mettais les pieds en signant.
Le plus drôle, c’est la comparaison avec le reste du pack. La Air Max 90 Scorpion s’en tire bien. La Air Max 95 a une belle profondeur graphique. La Total 90 III ramène une nostalgie qui fait plaisir. Pendant ce temps, la Nike Plus VII les toise depuis le sommet de la chaîne alimentaire, en demandant gentiment si quelqu’un veut encore jouer.
Le résultat frôle l’injustice pure. Nike aurait pu répartir les effets esthétique un peu plus équitablement entre les quatre modèles. Au lieu de ça, on dirait que le designer de la Plus VII a piqué le budget déco des trois autres avant de partir en week-end sans laisser d’adresse.
Alors non, tout n’est pas parfait non plus, restons honnêtes deux secondes.
À près de 200 euros, elle reste lourde, plutôt chaude, et son chaussant risque de faire grimacer les pieds larges. Si ton obsession c’est le confort absolu, y a des dizaines de meilleures options qui t’attendent. Mais c’est pas vraiment le sujet ici.
On achète pas une Air Max Plus VII Scorpion pour passer inaperçu dans la queue chez le boulanger. On l’achète parce qu’elle a gardé ce que beaucoup de sneakers modernes ont paumé en route : du culot.
À une époque où chaque sortie semble calibrée au millimètre pour vexer personne, cette TN choisit l’excès à fond les ballons. Ça fait un bien fou.
La Air Max Plus VII Scorpion sera peut-être pas la sneaker la plus consensuelle de l’année. Mais elle est sans doute la plus spectaculaire de tout le pack Scorpion. Si elle te paraît « trop », c’est probablement qu’elle a rempli sa mission à la perfection.
Photos : Foot Locker
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