Parfois, l’histoire se joue à rien. Pas un buzzer beater, ni une punchline qui cogne. Juste un carton posé quelque part, ouvert au bon moment, par la bonne personne.
En février 1996, 2Pac sort de Rikers Island, libre mais sous tension. Grant Hill, lui, plane au-dessus de la NBA avec Detroit. Tout lui réussit. Deux trajectoires différentes, mais une même altitude. Et entre eux, un ami commun qui fait le lien, presque par hasard.
Quand Grant apprend que Pac est sorti, il ne réfléchit pas des heures. Il agit. Il envoie quelques paires de ses Fila Grant Hill 2. C’est juste un geste. Comme quand tu prêtes ta veste préférée à un pote parce qu’il caille, sans te demander s’il va te la rendre. Il le dira plus tard, presque gêné : il n’était même pas sûr que le colis arrive.
Tupac Shakur ouvre le carton. Là, c’est Noël avant l’heure. Les GH2 blanc et bleu marine luisent comme un lowrider posé au ralenti, peinture impeccable, chrome qui renvoie les néons. Le cuir verni capte chaque rayon, le triangle bleu te fixe de manière insolente. La paire respire la réussite, le sommet atteint. A ce moment-là, Fila cartonne déjà sévère. Les GH2 se vendent comme des petits pains chauds. Elles sont partout : dans les salles et la rue. Même dans les rêves des gamins.
Quelques semaines plus tard, 2Pac prépare All Eyez on Me. Le studio chauffe, l’énergie est électrique. On prépare le shooting du livret. Le rappeur américain s’assoit par terre, en denim de la tête aux pieds, bandana rouge bien serré. Il lace les Fila Grant Hill 2 comme si de rien n’était. Il pose, balance le signe West Side. Personne ne le sait encore, mais la photo vient de s’inscrire dans l’éternité.
L’album sort. Il explose avec 10 millions de ventes. La photo circule partout. Dans chaque CD, dans chaque salon. Les sneakerheads n’ont pas besoin d’explication. Ils voient 2Pac en Fila. Nike n’est même pas dans le cadre. À cet instant précis, les Grant Hill 2 passent un cap. Elles deviennent hip-hop, pour de bon. L’ailier des Pistons verra la cover plus tard et lâchera un simple “that was cool”. Mec, t’as déclenché un séisme.
Les années défilent, mais l’image ne bouge pas. Le modèle change de nom, les routes se séparent, rien n’y fait. Puis Grant revient chez Fila, referme la parenthèse, et la collaboration avec l’héritage de 2Pac finit par tomber. Comme si ça avait toujours été écrit.
Ce que cette histoire me rappelle une chose simple : les meilleures légendes ne sont pas prévues. Elles naissent dans un geste sincère, sans stratégie calculée. Un carton envoyé. Une photo shootée. Et un mythe qui s’installe pendant que personne ne se doute de rien. Et nous, aujourd’hui, on sourit encore, un peu comme des gosses. Parce que c’était super cool.
Photos : @malshmallow2






